Commémorer l’esclavage

La journée du 10 mai est la date officielle de la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition ». C’est peu dire que cette date n’est pas encore entrée dans les familles et dans les consciences de nos concitoyens. Pourtant, nous devons avoir à l’égard de la mémoire de l’esclavage et de la traite une exigence sans faille de transmission, de mémoire et d’histoire.

Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un crime contre l’Humanité. Durant des siècles, des hommes, des femmes et des enfants ont été asservis, niés, considérés comme des bêtes de somme ou pire, comme des « biens meubles ». Durant des siècles, le suprémacisme a conduit à un véritable « Racisme d’Etat » dont l’idéologie reposait sur la hiérarchisation de la nature et sur la négation de l’unité du genre humain.

Ensuite parce que l’esclavage n’est pas seulement une horreur du passé. Il est aussi une réalité atroce de notre époque comme nous avons pu le voir ces derniers mois en Libye avec la résurgence de pratiques et d’images que l’on croyait à jamais révolues.

Surtout parce qu’il ne faut laisser aucune prise aux entreprises de concurrence des mémoires qui entretiennent le communautarisme victimaire. La République a le devoir de regarder tous les crimes pour ce qu’ils sont et de faire une place, dans la mémoire de tous, aux souffrances connues par chacun. Il ne s’agit pas de repentance ou d’autoflagellation. Il s’agit de construire la nation autour d’une mémoire de réconciliation et de stopper l’ethnicisation et la racialisation de la société qui aujourd’hui est à l’oeuvre. Il s’agit de dire aussi que c’est la République qui par deux fois a aboli l’esclavage.

La République ce sont des idéaux communs, une nation commune, une histoire commune. Si l’on veut pouvoir faire un sort à ceux qui aujourd’hui prétendent que la France serait un « Etat raciste », que la colonisation n’aurait jamais cessé dans notre pays, que la police y serait une organisation criminelle raciste, alors il nous faut porter ensemble notre histoire, toute la vérité de notre histoire, y compris dans ce qu’elle a eu de plus vil, et faire une place d’égale dignité, dans notre Panthéon national, aux victimes des crimes contre l’Humanité. Car si nous ne le faisons pas, d’autres s’en chargeront à leur manière pour entretenir le mensonge et alimenter la haine raciste et antisémite.

Les « identitaires », un nouveau totalitarisme

Ces dernières semaines, deux faits sont venus démontrer la poussée identitaire actuellement à l’oeuvre contre la République et ses fondements.

Dans les Alpes, sur le col de l’échelle, le collectif « Defend Europe », porté par les nervis de Génération Identitaire, s’est organisé en milice pour se substituer à la police des frontières et repousser eux-mêmes les réfugiés qui tentent de rejoindre notre pays. Une initiative à la communication bien rodée, celle du « happening » et de banderoles qui fournissent des images de choix à l’opinion. Une démonstration xénophobe qui foule aux pieds l’autorité de l’Etat, la souveraineté de nos frontières dont la garde devrait être assurée par la force publique et non par des groupuscules de prétendue « auto-défense ».

A Paris, les Black Blocs, et notamment le groupuscule identitaire « Riposte antiraciste populaire » ont dévoyé la manifestation du premier mai dans une action violente et cagoulée. Ils se sont attaqués à la Fête du travail et à la liberté syndicale au nom d’un soi-disant « antiracisme » et d’une lutte contre « un capitalisme sauvage, raciste, validiste, misogyne, classiste » et « le racisme d’Etat et l’hétéro-blantriarcat. ». Ils avaient prévenu sur les réseaux sociaux qu’ils viendraient dans le cadre d’un cortège « antiraciste non mixte racisé.e » (sic). Un cortège réservés à ceux qui ne sont pas blancs. Du racisme pur et simple, au nom de l’antiracisme.

Génération Identitaire et la Riposte Antiraciste Populaire tiennent en réalité le même discours : celui du séparatisme, d’une société divisible par couleur de peau et par origine, d’une République à la découpe où chaque communauté ferait primer sa loi sur l’autre. Pour l’extrême-droite de « Génération identitaire », il s’agit de fantasmer une France exclusivement blanche et catholique, imperméable à la diversité. Pour l’extrême-gauche des Blacks Blocs, il s’agit de fantasmer un Etat raciste et colonial pour alimenter un business prolétariste identitaire communautaire et ethniciste. Dans les deux cas, le racisme soutient leur idéologie, une idéologie trempée dans le totalitarisme de l’exclusion et de la violence.

Face à cela, la République et la société doivent agir avec fermeté. Nous ne pourrons pas nous contenter de déclarations homéopathiques face au poison identitaire qui se répand parmi la jeunesse. Nous ne pourrons pas nous contenter de regarder impuissants nos frontières gardées par des miliciens et nos rues saccagées au nom d’un prétendu « antiracisme ». La dissolution de ces mouvements, de tous ces mouvements, est un impératif républicain et une mesure de salubrité publique. Même si ces mouvements se reformeront sous d’autres oripeaux, la République a le devoir de leur livrer un combat sans faiblesse ni angélisme, de les désorganiser et de leur faire savoir que leur existence n’a aucun fondement légal. La LICRA a demandé depuis plus d’un an au gouvernement la dissolution de Génération Identitaire mais aussi des Indigènes de la République. Le combat antiraciste, c’est un engagement que nos représentants politiques doivent confirmer par des actes. Retirer leur identité aux identitaires, c’est sans doute le premier pas pour les faire reculer et les réduire à l’état groupusculaire dont ils n’auraient jamais dû sortir.