Bannir le mot « race » de la Constitution

Par Mario Stasi – Publié sur LEMONDE.FR le 26/06/2018

Le Parlement a débuté cette semaine l’examen du texte de la future réforme constitutionnelle. La LICRA a repris l’initiative en remettant à l’ordre du jour la question de la suppression du mot « race » dans l’article premier de la Constitution. Mardi, le journal Le Monde a donné la parole à Mario Stasi, président de la LICRA, pour expliquer les raisons qui portent cette demande. Hier, la commission des lois de l’Assemblée Nationale a suivi la proposition faite par la LICRA depuis de nombreuses années et a voté la suppression du mot « race » de notre « loi fondamentale ».

Retrouvez le texte intégral de cette tribune, par ailleurs consultable sur le site du Monde :  ICI

« Le mot “race” doit disparaître de notre Constitution »

«  Les mots inscrits dans notre Constitution ne sont pas des mots comme les autres. Leur présence dans ce texte leur confère une charge et une puissance symboliques plus forte que nulle part ailleurs. Ils engagent la nation sur ce qu’elle dit d’elle-même et dessinent l’horizon des valeurs qui la fondent. Aujourd’hui, la présence du mot « race », qui figure toujours dans l’article premier de notre loi fondamentale, fait tache au faîte de notre législation et des principes qui précisément sont érigés pour le combattre.
Il a été le fondement d’idéologies qui nous ont poussé au bord de l’abîme. Il a servi de justification au crime des crimes, le crime contre l’Humanité. A ce titre, il doit disparaître de notre ordre juridique.

La présence de la « race » au sein de l’édifice du droit français n’est pas nouvelle. Depuis 1939, l’utilisation de ce mot a été invariablement et alternativement l’instrument de ceux qui voulaient combattre le racisme et de ceux qui voulaient l’établir. Le décret-loi Marchandeau, du 21 avril 1939 se proposait de réprimer la diffamation commise par voie de presse envers « un groupe de personnes appartenant par leur origine à une race ou à une religion déterminée dans le but d’exciter la haine entre les citoyens et les habitants. ». Sous Vichy, le mot « race » a quitté les colonnes infernales de la presse d’extrême-droite pour entrer au Journal Officiel et organiser la politique antisémite de l’Etat Français. A l’inverse, en 1946, le préambule de la Constitution proclame «inaliénables et sacrés » les droits de «tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance». La Constitution de 1958 réaffirme ce principe, en rappelant dans son article premier «l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion».

Le mot « race » ainsi inscrit dans notre loi suprême nous dit deux choses.

A l’évidence, il renvoie à des mots d’une autre époque, à un temps où son usage était généralisé. Il correspond à un moment de notre histoire où même les mots du racisme étaient utilisés pour le combattre. C’est une réalité historique qui a vu nombre des plus illustres combattants des droits de l’Homme véhiculer ce mot sans prendre conscience des risques de la banalisation qui était à l’oeuvre.

Mais le mot « race » n’est pas seulement une scorie héritée d’un langage daté et d’un monde aujourd’hui disparu. Il est une cicatrice dont la présence dans la Constitution de la République Française constitue un affront à nos principes les plus irréductibles proclamés dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Chaque jour, la bataille contre le racisme exige de nous tous une énergie considérable pour déconstruire le concept de race et faire un sort à cette lèpre qui s’obtient à vouloir hiérarchiser la nature. Chaque jour, dans les écoles, les universités, les entreprises, les militants antiracistes rappellent à la jeunesse les mots du professeur Albert Jacquard déposés à la barre de la cour d’Assises jugeant Klaus Barbie : « Le concept de race n’est pas opératoire pour l’espèce humaine et parler de race c’est utiliser des mots qui n’ont pas de sens, puisqu’il est impossible de définir des races sans tomber du point de vue scientifique dans l’arbitraire le plus total. Si les hommes sont différents, cela ne veut pas dire que certains sont supérieurs à d’autres. » A chaque minute, nous voyons ressurgir le péril identitaire qui exhume une langue néo-coloniale et offrir à la « race » et à sa funeste descendance une seconde jeunesse : « ateliers racisés », « formation syndicale en non-mixité raciale », « blanchité raciale ». A chaque instant, nous devons répondre à ceux qui voudraient faire accroire l’idée qu’il règnerait en France un « racisme d’Etat » en exhibant l’article premier de notre Constitution. De quelles armes intellectuelles et morales pouvons-nous disposer pour lutter contre le racisme si nous nous désarmons collectivement en inscrivant dans notre loi fondamentale des mots et des concepts si gravement disqualifiés par l’Histoire et qui nient l’unité biologique du genre humain ?

L’écrivain et résistant Francis Ponge écrivait que « la meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage ». La réforme constitutionnelle qui s’annonce est une occasion toute choisie de servir nos idéaux en extirpant les mots de la haine de notre droit. La main du législateur ne doit pas trembler à l’idée de mettre notre Constitution en conformité totale avec les valeurs qui la soutiennent. Evidemment, une telle entreprise ne fera pas disparaître le racisme. Mais elle mettra fin à une violence symbolique qui n’a que trop longtemps duré.»

Mario Stasi
Président de la LICRA

3 réponses sur “Bannir le mot « race » de la Constitution”

  1. le mot « race » est scientifiquement impropre. à partir de là le garder ne peut avoir qu’un sens caché… bien explicité

    je m’insurge contre le TOUS PAREIL: la DIFFERENCE est notre grande richesse, c’est de la différence que nait la création…
    « Si les hommes sont différents, cela ne veut pas dire que certains sont SUPERIEURS à d’autres » SI mais JAMAIS dans l’ABSOLU mais dans une situation… dans un lieu… dans le PARTICULIER. notre société y gagnerait beaucoup si elle savait écouter tous ses membres quels qu’ils soient. chacun a de petites ou grandes particularités qui pourraient nous être utiles à tous.

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