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350 personnalités, suivies par plus de 30 000 signataires ont lancé un « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » . L’écho de cet appel a permis de porter auprès du grand public des préoccupations qui, chaque jour, nous animent dans notre action à la LICRA.

Notre 48ème congrès de mars 2016, autour de Boualem Sansal, de Raphaël Enthoven, de Patrick Cohen et de Frédéric Encel portait d’ailleurs cette interrogation : « en quoi l’émergence d’un nouvel antisémitisme affiché est-il en enjeu essentiel pour le mouvement antiraciste ? ».

Depuis de nombreuses années, nous organisons des conférences, des colloques, nous signons des appels contre ce « nouvel antisémitisme » qui défigure la République en même temps qu’il tue, en France, des Juifs parce qu’ils sont Juifs. Chaque jour, nous dénonçons l’islamisme, son cortège de haine, de communautarisme et d’instrumentalisation politique d’une religion contre la République. Chaque jour, nous dénonçons le régime d’interdits qui voudrait se substituer à notre régime de libertés.

Nous avons longtemps cru que de simples paroles permettraient de soigner nos divisions. Nous avons espéré, avec sincérité, avec nos tripes même, que nos proclamations, nos manifestations et nos indignations suffiraient à éloigner le mauvais œil de la haine et du repli identitaire. Nous avons cru que l’invocation de notre mémoire serait un bouclier suffisamment solide pour nous protéger de l’antisémitisme. Nous avons longtemps espéré que nos colères portées auprès des pouvoirs publics leur suffiraient à décréter le rétablissement de la fraternité en France. Nous avons pensé qu’il suffirait d’organiser des concerts d’indignation place de la République pour conjurer notre pays du racisme et de l’antisémitisme à chaque fois qu’ils ressurgissent.

Cette indignation est nécessaire, elle est même vitale si nous voulons espérer un avenir de fraternité pour la jeunesse de notre pays. L’heure n’est plus aux injonctions morales mais aux actes pour que la République redevienne une évidence parmi tous nos concitoyens. L’indignation seule n’est plus suffisante et la fraternité ne se décrète pas : elle se construit par l’action, par la conviction, par la preuve. On ne luttera pas contre l’antisémitisme avec des slogans confortables, des réponses de circonstance et des postures médiatiques. C’est un travail au long cours qui doit être entrepris sur le terrain par toutes les forces vives de la République.

C’est auprès de la jeunesse, de la maternelle à l’université, que nous serons attendus pour expliquer, convaincre et démontrer la viabilité de la devise « Liberté, égalité, fraternité » et retisser un lien avec la nation qui a été aboli par le repli identitaire, le relativisme et le développement du communautarisme. C’est à l’école que nous devons renouer avec cette idée que chacun peut dépasser son appartenance dans le cadre d’un projet commun et apaisé.

C’est sur les terrains de sport que notre travail sera précieux pour retisser du lien là où nombres d’amarres qui reliaient une partie de la jeunesse à l’idéal républicain ont été rompues.

C’est auprès des jeunes placés auprès de la protection judiciaire de la jeunesse que nous ferons la preuve de l’efficacité de notre travail et que nous devons redonner goût à la République en expliquant, encore et encore, que la loi commune s’impose à tous, y compris à la loi religieuse.

C’est dans les entreprises que nous apportons des solutions concrètes aux difficultés liées au développement de l’intolérance et du séparatisme.

C’est sur les réseaux sociaux que nous lutterons contre le sentiment d’impunité qui y prévaut et que nous mettrons fin au déversement continu de la haine et du ressentiment.

Chaque citoyen, d’où qu’il vienne, qu’il croie en Dieu ou qu’il n’y croie pas, qu’il soit né ici ou ailleurs, détient une part de la solution et une part de la République. Nous avons, partout où nous le pouvons, le devoir de défendre l’universalisme en l’incarnant par nos actes et par nos gestes.

A tous les signataires de manifestes et de tribunes, dont la sincérité est une force considérable, je veux lancer un appel : celui de mettre leur énergie, leur savoir-faire et leur talent au service des actions de terrain que nous menons, avec nos militants bénévoles, dans l’ombre, pour ne pas dire l’indifférence, du plus grand nombre. Je les invite à participer à cette mobilisation générale contre l’antisémitisme, contre le racisme, contre la xénophobie qui aujourd’hui nous invite à descendre de nos Aventins pour que l’écho de notre indignation ne nous revienne en boomerang dans quelques années et signer ainsi la preuve que nous aurions laissé notre monde et nos valeurs s’effondrer sans rien faire.

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