Extrême-droite : l’Autriche rechute

Une coalition « noire-bleue » préside aux destinées de l’Autriche. Depuis cette semaine, le parti d’extrême-droite FPÖ est de retour au gouvernement à Vienne, à la faveur d’une alliance avec les conservateurs leur permettant de prendre la tête de six ministères dont ceux de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires Etrangères. Rien de moins.

En 2000, une coalition de même nature avait été constituée en Autriche. A l’époque, les ministres d’extrême-droite avaient prêtés serment dans l’indignation générale, étant obligés d’emprunter un tunnel à l’abri du tumulte pour rejoindre la Chancellerie et éviter leurs opposants. Aujourd’hui, c’est l’indifférence qui prévaut. La présence à la tête d’un Etat européen d’un parti politique inscrit dans une tradition xénophobe qui n’est plus à démontrer ne choque plus personne. Pas de manifestants cette fois-ci pour dire la honte du peuple autrichien devant une telle ignominie. Pas de réaction de l’Union européenne, qui, en soins intensifs, ne semble même plus trouver la force de se défendre de deux qui veulent l’achever. Pas de réaction de la France qui aurait pu s’alarmer de la situation et dire, même a minima, les sentiments d’inquiétude et de vigilance du peuple français.

L’extrême-droite a réussi sa banalisation. A force de nous expliquer qu’il serait contre-productif et vain de la combattre sur le terrain des valeurs, sur celui de la réaffirmation de l’essentiel, des idéaux européens nés des décombres du nazisme, nous avons cessé d’être nous-mêmes et lui avons laissé un boulevard pour s’imposer dans les urnes. Les médias, quant à eux, préfèrent disserter sur l’éviction de Rokhaya Diallo, le « black face » d’Antoine Griezmann ou la fête d’anniversaire du Président de la République à Chambord.

La situation démontre aussi une chose essentielle : le poids de « l’insécurité culturelle » dans la réussite des populistes extrémistes. L’Autriche est un pays prospère et la situation économique n’explique pas le vote des Autrichiens en faveur d’un parti anti-européen, xénophobe et raciste. La responsabilité de nos élus est immense face à cette crise de la démocratie européenne : ils doivent offrir, en plus de résoudre la question sociale, des solutions à la crise identitaire qui traversent des peuples face aux mutations qui les frappent.

Nous vivons encore sous les effets du syndrome de Munich qui tente d’anesthésier notre courage et notre détermination face aux périls, pourtant si évidents, qui nous menacent. A force de vouloir éviter les vagues, un tsunami se prépare, à l’Est, à emporter l’Europe et les acquis de paix établis depuis 1945. En Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, les forces de la haine défilent dans les rues avec des emblèmes et des slogans exhumés d’une période où le racisme, et singulièrement l’antisémitisme, avaient été érigés en mode de vie. Nous ne pouvons, plus longtemps, nous résoudre à regarder ce spectacle sans réagir et sans que la France n’exprime l’urgence impérieuse de refonder l’Europe et de faire, de nouveau, de la fraternité une idée neuve sur le Vieux continent.

4 réponses sur “Extrême-droite : l’Autriche rechute”

  1. Quand même, Monsieur STASI, diffuser qu’il n’y a pas de réaction en France est profondément injuste envers le Parti socialiste français qui a de suite « arrosé » ses correspondants, les alertant par un communiqué dont le texte est tout à fait à la hauteur de l’événement. Il ne faut pas enterrer trop vite ,me semble-t-il, le P.S français.
    Cordialement, Vladimir ISSACOVITCH, adhérent Licra habitant Marseille.

  2. Je partage tristement votre analyse.

    En ce qui concerne l’Europe, tant qu’existera un tel différentiel de revenus entre l’est et l’ouest, il sera difficile de combattre efficacement les commerçants de la haine et de la xénophobie.

    Le combat pour réduire les inégalités reste plus que jamais le combat essentiel.

    Amicalement

  3. C’était à prévoir, je pensais que cela arriverait bientôt, cette Europe que l’on a construite n’est malheureusement pas pour les peuples. Si l’on fait un bilan aujourd’hui, il faut bien reconnaitre que c’est une Europe pour la finance et les riches. Les peuples ne veulent pas de cette Europe qui apporte la misère et le chômage et qui fait en sorte que par contre les riches continuent à s’enrichir sur leurs dos. Il faut construire une Europe des nations et du respect des peuples sinon on va au désastre.

    1. Quand même à l’intervenant europhobe qui signe « le.Ché « n’aurait-on pu signaler que c’est bien grâce à l’idéal européen que pendant 3/4 de siècle nos pays ont vécu sans le risque d’une invasion germanique , que c’est bien grâce aux structures de l’Union Européenne qu’il nous est permis, en 2018, de contrôler le dérapage du pouvoir en Autriche ? Tout compte fait, l’Europhobie telle que l’exprime « le Ché » est avant tout la marque des néo-nazis d’Autriche, d’Allemagne, des néo-pétainistes, des néo-doriotistes de France…Cordialement,
      V.Issacovitch, adhérent résidant à Marseille

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