L’antisémitisme banalisé

Les semaines passent et malheureusement se ressemblent. Le 3 janvier, deux épiceries cacher de Créteil sont recouvertes de croix gammées. Le 9 janvier, jour de la commémoration de l’attentat de l’Hypercacher de Vincennes, l’une de ces deux enseignes est incendiée. Quelques jours plus tard, le centre communautaire juif Saint-Hilaire de Saint-Maur reçoit une lettre anonyme de deux feuillets menaçant d’incendie la synagogue. Samedi 13 janvier, sur le site de vente en ligne « Le Bon Coin », plusieurs annonces proposent à la vente une « étoile jaune », un brassard nazi ou encore une casquette d’uniforme SS. Le même jour, une jeune fille de 15 ans, issue de la communauté juive et portant l’uniforme du lycée privé juif Merkaz-Hatorah a été agressée violemment à Sarcelles, son assaillant lui tailladant le visage avec une lame avant de partir, sans rien dire.

Ces faits auraient dû entraîner une réprobation générale. La classe politique aurait dû s’en emparer pour les dénoncer et alerter l’opinion sur la résurgence d’actes qui, on le sait, peuvent conduire au pire. Les morts de Toulouse, de l’Hypercasher, d’Ilan Halimi et de Sarah Halimi nous rappellent que l’antisémitisme tue. Pourtant, le pays semble anesthésié, habitué à voir les juifs se faire agresser parce qu’ils sont juifs. Pire encore, sur les réseaux sociaux, une partie du corps social les applaudit et les encourage.

Face à cela, nous avons collectivement plusieurs devoirs.

Le premier est de ne pas abandonner la communauté juive à lutter, seule, contre l’antisémitisme. Il est l’affaire de tous et déroger à cette règle, ce serait tomber dans le piège d’une République à la découpe où chaque communauté serait réduite à l’auto-défense, indépendamment de toutes les autres qui la composent. Ce serait tourner le dos à l’universalisme et aux fondements de notre contrat social.

Le second, c’est d’expliquer, encore et toujours, dans les écoles et dans tous les lieux de transmission des valeurs, la spécificité de l’antisémitisme, la charge historique à laquelle il renvoie et l’escalade à laquelle il peut conduire. Les mots de Gaston Monnerville, prononcés au Trocadéro en 1933, ne doivent pas cesser de résonner : « Toujours quelques crimes précèdent les grands crimes ».

Le troisième, c’est de démêler l’écheveau de mensonge qui soutient l’éclosion de l’antisémitisme dans la société. Le complotisme, le négationnisme, les déferlements de préjugés à l’égard des juifs sont tous les instruments d’une même haine et préparent le passage à l’acte. Ils entretiennent une partie de nos concitoyens dans le rejet de l’autre, à l’image du travail de sape opéré par la presse antisémite de l’entre-deux-guerre. De ce point de vue, nous ne pouvons accepter que certains réseaux sociaux déversent chaque jour un peu plus, et dans l’anonymat le plus absolu, des tombereaux d’injures et d’appels à la haine contre les Juifs sans crainte de sanctions impossibles.

Le quatrième, c’est de refuser la banalisation et de mener une lutte implacable contre les fauteurs de haine, qu’ils soient incendiaires, agresseurs ou internautes. La main de la justice ne doit pas trembler devant des faits de cette nature. La sanction doit intervenir à la première alerte, raciste ou antisémite. Aux premiers mots, aux premières insultes, aux premières agressions, la limite doit être posée sans faiblesse. C’est la raison pour laquelle la LICRA milite, depuis de nombreuses années, pour que les délits liés à l’expression du racisme et à l’antisémitisme cessent d’être considérés comme des « délits d’opinion » et traités avec les précautions infinies de la loi de 1881 sur la presse. Leur place est dans le code pénal car ils constituent des délits comme les autres, des délits qui peuvent conduire à des crimes.

Une pensée sur “L’antisémitisme banalisé”

  1. Je suis juive et n’appartiens à aucune communauté. Ce n’est bien sûr pas une raison pour ne pas m’associer à cette lutte constante contre l’antisémitisme, d’où qu’elle vienne. Il y a quelquechose d’écoeurant dans ces manifestations et de très troublant dans le silence qui les accompagnent. Je contresigne donc ce texte

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