L’université, c’est l’universalisme

Depuis plusieurs mois, l’université est de nouveau placée au centre du combat pour les valeurs de la République. La chronique des incidents liés à l’offensive d’officines extrémistes parle d’elle-même.

A Sciences Po Paris, une section « Jean Moulin » du Front National a été créée. A l’Université Lyon 2, en octobre, un colloque consacré à l’islamophobie se proposait de réunir pour en parler les représentants de tout ce que la capitale des Gaules comportait d’officines communautaristes proches des milieux fondamentalistes. A l’Université de Limoges, un séminaire se faisait fort de donner la parole à Houria Bouteldja, porte-parole du soit disant « Parti des Indigènes de la République » (PIR) autour de son livre, ouvrage trempé dans le racialisme et rempli de provocations envers les Juifs. A l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, à l’insu de la présidence de l’établissement, un séminaire « Classe/genre/race » s’était mis en place autour de Fatima Ouassak, théoricienne du PIR et autoproclamée spécialiste « du système scolaire raciste » de la France.

La réponse qu’il faut apporter à ces phénomènes doit être précise et ferme. 

Précise parce qu’il ne s’agit pas de remettre en cause les libertés académiques et le cadre dans lequel la recherche scientifique doit pouvoir s’exercer. En France, et c’est heureux la recherche est libre. Les lois dites « mémorielles » , beaucoup décriées, ne lui ont d’ailleurs jamais porté préjudice et aucun historien de nos universités, reconnu par ses pairs, n’a jamais fait l’objet d’une condamnation pénale. Que des colloques choisissent de questionner et de pétrir, avec l’oeil et la main du chercheur, des notions telles que « la race », « le négationnisme », « l’islamophobie » ou encore « l’intersectionnalité » relève de la liberté et de l’indépendance des enseignants-chercheurs, reconnues comme principes constitutionnels à de nombreuses reprises. Personne n’a à craindre que la raison s’exerce sur de tels concepts, bien au contraire.

Ferme car ces considérations étant établies, il s’agit de ne pas être dupes de l’usage que les extrémistes de tous poils veulent faire, depuis toujours, de l’université. C’est de cette manière que la honteuse thèse négationniste d’Henri Roques a pu être soutenue, annulée in extremis et uniquement pour des raisons de forme, le jury n’ayant pas siégé régulièrement. C’est de cette manière que l’extrême-droite a tenté de faire d’une grande université lyonnaise le laboratoire de ses expérimentations idéologiques au sein du très racialiste Institut d’Etudes Indo-européennes. C’est de cette manière qu’aujourd’hui l’islam politique et les défenseurs de « l’indigénisme » tentent de forcer les portes de nos facultés pour y prêcher la haine, le racisme, l’antisémitisme, le séparatisme et l’ethnicisme.

La communauté universitaire est face à un défi d’importance : celui de ne pas se laisser emporter sur les sentiers de la négation de nos valeurs et s’interroger, en permanence, sur la légitimité de ceux qu’elle convie à ses travaux. Houria Bouteldja n’a aucune légitimité à s’exprimer dans le cadre d’un séminaire de recherche, sauf à considérer que le fait d’avoir commis un livre trempé dans l’obsession des Juifs vaut titre dans nos universités. Abdelaziz Chaambi, vedette du colloque avorté à l’Université Lyon 2, n’a aucune légitimité universitaire, sauf à considérer que le fait d’être fiché S et d’avoir réclamé, dès 1989, l’interdiction de Salman Rushdie sont des acquis de l’expérience valant grade académique. Fatima Ouassak, et son doctorat sur le FMI n’a absolument aucune compétence universitaire sur les questions de classe, de race et de genre, sauf à considérer que ses articles sur le site des Indigène de la République théorisant le prétendu « racisme d’Etat » valent qualification devant le Conseil National des Universités.

L’université, c’est l’universalisme. Renoncer à cet idéal c’est prendre un risque létal pour la cohésion nationale. Ce serait affaiblir une fois de plus le primat des intellectuels dans notre pays. Ce serait livrer une partie de notre jeunesse à des escrocs qui, sous couvert académique, tentent de mettre l’éteignoir sur les Lumières. L’Université ne doit pas être le prochain territoire perdu de la République.

Mario Stasi, Président de la LICRA

 

Pour aller plus loin

A l’université, attention à « la banalisation de l’antisémitisme »

Par Alain Policar (Sociologue) et Emmanuel Debono (Historien)
http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/30/a-l-universite-attention-a-ne-pas-banaliser-la-judeophobie_5222572_3232.html#JMBBqAR3uLJC8BSX.99

2 réponses sur “L’université, c’est l’universalisme”

  1. Waouh ! Bel effort !
    Toutefois, vus les derniers événements et les hurlements antisémites entendus hier en place de la République, je crois que toute forme de compréhension même du problème n’aidera pas notre pays et encore moins la démocratie.
    Devant l’ampleur de la haine à laquelle j’ai assistée hier, n’importe qui se sentirait las et pessimiste.
    L’université est interdite aux juifs tant les associations palestiniennes y règnent de façon permanente. Ne pas prendre un flyer sur la « Palestine » équivaut à une sanction.
    Il est là le problème !
    Il ne reste plus aux juifs que partir et laisser sombrer la France dans une culture de l’indigénisme comme le préconise la grande prêtresse Houria Bouteldja.
    Ce que j’ai entendu hier est de l’ordre des pogroms d’antan, rien de moins.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *