Le message de Martin Luther King

29 mars 1966, à l’invitation de la LICRA, Martin Luther King s’exprime à la Bourse du Travail de Lyon.

Il y a 50 ans, Martin Luther King était assassiné. Il avait 39 ans. Avec sa mort, c’est une part de la fraternité humaine qui devait s’éteindre. C’est une partie du combat pour l’égalité des droits qui était perdue, pour un temps.

Si le message de Martin Luther King résonne encore un demi-siècle après sa mort, c’est parce qu’il porte en lui un élément fondateur du combat antiraciste : cet élément, c’est l’universalisme. La force du combat pour les droits civiques tient au fait qu’il s’agissait d’un combat pour l’égalité et la justice, résumé par King lui-même quand il déclarait : « Je veux être le frère des blancs, pas leur beau-frère ». Il a mené ce combat courageusement dans un contexte particulier, celui des Etats-Unis dont le modèle social communautariste est peu propice aux élans de l’universalisme. Ses partisans réclamaient la fin du suprémacisme blanc et l’abolition d’un système politique fondé en partie sur la ségrégation, ils exigeaient d’être considérés comme des citoyens à part entière, ils défendaient l’unité biologique du genre humain. Ils ne réclamaient rien d’autre que le « droit de vivre », pour reprendre le titre du journal de la LICRA.

La mort de Martin Luther King a été aussi, il faut le dire, un coup porté à l’universalisme et le début d’une ère identitaire, marqué par une surenchère de renoncements et de dérives. On a vu émerger des faussaires qui, sous couvert d’antiracisme, réclamaient non pas d’être des citoyens à part entière mais des citoyens entièrement à part et dont la volonté de différenciation conduisait au séparatisme. C’est, pour reprendre un mot célèbre de Césaire, le début d’une « vision carcérale de l’identité », d’une identité qui enferme au lieu d’émanciper, qui sépare au lieu de réunir, qui préfère la violence à la non-violence de Luther King.

S’il revenait aujourd’hui d’entre les morts, Martin Luther King serait sans doute frappé par le désespoir devant cette Amérique de Trump qui, l’arme au poing, désigne tout ce qui n’est pas blanc comme un ennemi de la nation. Il serait sans doute désespéré d’apprendre que la police de certains États dispose, quasiment en toute impunité, d’un permis de tuer les afro-américains. Il serait sans doute accablé de savoir qu’en plein Paris, des militants prétendument antiracistes se réclament de lui et de son amie Rosa Parks pour organiser des camps d’été, des festivals et des projections de films réservés aux « racisés », pour ne pas dire interdits aux Blancs.

La LICRA a une histoire particulière avec Martin Luther King. Le 29 mars 1966, c’est à l’invitation de la LICRA de Lyon que King était appelé à s’exprimer devant la salle comble de la Bourse du Travail de la capitale des Gaules. Il devait alors conclure son discours par ces mots : « Le monde est maintenant si petit, qu’aucune nation ne peut plus se contenter d’observer le malheur des autres sans rien faire. En bref, une injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout ailleurs. » Ce message est aujourd’hui précieux pour continuer l’œuvre universaliste entreprise par un homme de bien et de paix qui paya de sa vie ses devoirs envers l’Humanité, une et indivisible.

Qu’il repose en paix, « enfin libre » comme le proclame son épitaphe : « Free at last. Free at last, Thank God Almighty, I’m free at last ».

2 réponses sur “Le message de Martin Luther King”

  1. Merci pour votre message sur Martin Luther King. Je n’étais plus à Lyon à cette époque (mais à Paris où j’ai pu le rencontrer avec Jean Lasserre du mouvement de la Réconciliation à l’issue du culte à l’Église Américaine du Quai d’Orsay) mais toute la famille a été fortement marqué par ce jour d’autant que mon père le Pasteur Jacques Martin (pionnier de la non-violence en France) recevait avec d’autres MLK et introduisait la conférence à la Bourse du travail ce soir du 29 mars 1966. D’ailleurs la LICRA s’appelait encore la LICA à cette époque. J’ai à la maison une lettre de MLK à mon père ainsi que des documents photos de ce jour.

  2. Cher Monsieur,
    Je me permets de vous faire part de mon étonnement à la lecture du 3 ème paragraphe de cet article.
    Il me paraît tout à fait étonnant de faire un rapprochement entre la mort de Martin Luther King et le début d’une ère identitaire. Au-delà du fait que ce qualificatif fourre-tout me paraît appartenir au commentaire de notre époque, on ne peut ainsi considérer que l’histoire des combats contre le racisme et l’antisémitisme serait linéaire.
    Martin Luther King s’est battu également contre ceux des noirs américains (rappelons que la société américaine a toujours été communautariste et que le message universaliste n’est pas forcément le même que celui qu’on entend ici) qui voulaient une action violente contre les blancs.
    Il n’est donc absolument pas adapté de réécrire ainsi l’histoire pour montrer une sorte de continuum entre ce qui se passe aujourd ‘hui et la révolution non violente sur fond engagé par Martin Luther King.
    Ce discours teinté des thèses de l’identité culturelle à la sauce du 21 ème siècle n’est pas juste et pourrait vous entraîner loin de vos bases me semble-t-il.
    J’espère que la LICRA ne se laissera pas emmener dans cette direction exclusive.
    Avec toutes mes cordiales salutations.

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