La Pologne ou le négationnisme d’Etat

La Pologne renoue avec ses vieux démons. Depuis plusieurs jours, les décisions, les gestes et les déclarations du chef de l’Etat polonais attestent d’une volonté manifeste de mettre en place une forme de négationnisme d’Etat, effaçant la Shoah de l’histoire de la Pologne et attribuant aux Juifs la responsabilité de leur propre extermination. 

Dans une lettre en date du 12 février, le président du Sénat polonais, Stanislaw Karczewski, a invité les polonais émigrés à « dénoncer toute manifestation d’antipolonisme, ainsi que les écrits ou opinions nous portant outrage » en informant  « nos ambassades, nos consulats ou les consuls honoraires de toute déclaration mettant en cause le bon renom de la Pologne. » Il s’agit pour le parti extrémiste « Droit et Justice », majoritaire à la Diète et au Sénat, de soutenir la loi récemment adoptée et visant à punir par des amendes ou des peines de prison ceux qui attribuent « à la nation ou à l’Etat » des crimes commis par les nazis en Pologne occupée. Sous couvert de défense nationaliste, le gouvernement de Mateusz Morawiecki cède à une vieille pulsion antisémite, celle qui consiste à réécrire l’histoire, à gommer la responsabilité d’une partie peuple polonais dans l’extermination des Juifs du pays qui formaient, outre-Oder, la première communauté juive d’Europe avant la Seconde guerre mondiale. Le premier ministre polonais a même ajouté dans la provocation en évoquant les « auteurs juifs » de la Shoah, selon un méthode relativiste bien connue qui consiste à faire porter aux victimes elles-mêmes une part de la culpabilité du crime.

Ce qui se passe en Pologne n’est pas anodin. Les événements de ces derniers jours montrent que le nationalisme et le repli identitaire servent de creuset, comme toujours, à la haine de l’autre et à l’antisémitisme.

Face à cela, l’Europe doit tenir bon et ferme. L’adhésion à l’Europe ne consiste pas seulement à la mise en commun des moyens de production et à la création de richesse. L’Europe n’est pas le supermarché auquel d’aucuns, dits eurosceptiques, voudraient la réduire. L’Europe c’est un principe simple : la création d’une union des peuples du Vieux continent autour de valeurs, réaffirmées sur les décombres de la Seconde guerre mondiale et destinées à garantir la paix. L’Europe, avant d’être une communauté économique et sociale, est une communauté de droits dont la Convention européenne des droits de l’Homme est le principal rempart aux extrémismes.

Le négationnisme d’Etat qui s’installe en Pologne est une résurgence antisémite contraire à l’idée européenne. Si nos démocraties restent silencieuses devant les apprentis sorciers de la haine des Juifs, alors l’Europe se reniera et disparaîtra corps et biens. En Autriche, en Pologne, en Hongrie, en Italie et même dans l’opinion allemande, nous voyons s’exprimer des pulsions d’une haine xénophobe, raciste et antisémite qui n’annonce rien de bon.

Les traités signés entre Etats ne peuvent demeurer lettre morte et la violation de nos principes ne saurait plus longtemps demeurer impunie. De même que le rétablissement de la peine de mort interdit toute appartenance à l’Union Européenne, la négation de la Shoah par les Etats membres devrait elle aussi emporter l’exclusion des pays concernés. Car si le négationnisme est permis en Europe, alors il n’y a plus d’Europe.

3 réponses sur “La Pologne ou le négationnisme d’Etat”

  1. Comment osent-ils, les Polonais de 2018, s’exonérer par exemple de leur pogrom de Kielce où quelques dizaines de familles de Polonais d’ascendance juive, rescapées de l’holocauste, souhaitant reprendre leur place au village, ont été massacrées par les habitants polonais « de souche »? Cela se passait après la 2de guerre mondiale.

  2. Les preuves sont pourtant là!!!
    Le film Shoah, montre bien le mépris,la haine, voir l’ironie de certains polonais, notamment ce chauffeur de locomotive hilare.
    Des images qui font monter la nausée.
    J’espère que les polonais réagiront face à ce gouvernement.
    Et dire qu’avant ils étaient deux…à faire froid dans le

  3. Et en France ? C’est ici à Lyon la semaine dernière que le bébé d’un rabbin a été attaqué ! Et Sarah Halimi ? La tentation de rééditer les écrits antisemites de Céline ? C’est encore aussi. En effet, combattons les pulsions antisemites, racistes et xenophobes partout en Europe et commençons d’abord par chez nous.

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