Ma profession de foi pour la présidence de la Licra (2019-2022)

Mes cher(e)s Ami(e)s,

J’ai le bonheur et l’honneur de solliciter votre confiance pour le mandat de Président de la LICRA pour les années 2019 à 2022.

Ceux qui me connaissent, et je crois qu’ils sont plus nombreux maintenant, savent combien l’engagement européen et universaliste a toujours été au cœur de ma vie professionnelle et personnelle.

Militant et candidat dans mes plus jeunes années dans le cadre d’un engagement politique français et européen, j’ai rejoint la LICRA il y a plus de dix ans maintenant comme simple militant pour devenir depuis un an déjà le Président de cette association magnifique.

J’ai pu au fil des années rencontrer des militants engagés, chaleureux et déterminés, et partager avec eux des succès, des échecs, des tourments, des réconciliations, des joies et des peines, à l’image des passions et des sentiments qui portent, agitent et rassemblent une famille.

La LICRA est une famille riche de sa diversité et qui n’a toujours eu qu’un seul idéal, celui de se battre pour construire une communauté humaine vivant dans le respect des uns et des autres, dans l’acceptation de l’altérité, riche de l’esprit de débat et de critique, pour une France républicaine et universaliste.

Depuis un an, vous le savez, je préside cette association avec une équipe renouvelée de militants bénévoles et de salariés à qui je veux rendre hommage et assurer de mon affection tant les moments que nous avons d’ores et déjà vécus ont été parfois difficiles mais toujours exaltants. L’engagement et la détermination de cette équipe ne sont pas étrangers au rétablissement de l’équilibre financier auquel je m’étais engagé.

Un combat politique

Aujourd’hui, par ma candidature, je souhaite engager la LICRA pleinement dans un combat pour des valeurs, un combat pour la République, un combat pour l’universalisme. En somme, un combat politique qui sera exaltant, exigeant, et qui s’inscrit dans la durée.

Le constat sur la situation de la France et de l’Europe est une source infinie d’inquiétude et de colère.

La France, un pays divisé, où les discriminations demeurent une plaie béante dans notre pacte social et qui servent de carburant aux entreprises identitaires, où la laïcité est sans cesse remise en cause et instrumentalisée.

La France, en proie au développement d’un communautarisme identitaire, ethniciste ou religieux, porté par de pseudos associations antiracistes qui œuvrent à fracturer le ciment de la République et qui toutes, sans exception, véhiculent le racisme et l’antisémitisme.

La France, un pays meurtri par la résurgence effroyable de l’antisémitisme, qu’il s’agisse de l’antisémitisme ancestral de l’extrême droite, de celui de l’islamisme prosélyte ou de celui de l’extrême-gauche identitaire qui peine à le masquer derrière un antisionisme servant d’alibi à toutes les haines contre les Juifs.

La France, un pays où, jusqu’à ces derniers mois, aucune majorité politique n’est parvenue à défendre notre jeunesse du déferlement de haine raciste, antisémite, négationniste, complotiste qui a pignon sur rue sur internet et sur les réseaux sociaux, sans crainte de sanctions rendues impossibles par un système autorégulé uniquement par des intérêts économiques et par des conditions générales d’utilisation décidées unilatéralement par les hébergeurs qui priment, de fait, sur la souveraineté de nos lois démocratiques.

La France est un pays où l’université est devenue la cible de poussées antirépublicaines prétendument « décoloniales » qui cherchent à donner une caution scientifique et académique au retour du racisme, de ses mots et de ses maux, et qui tentent de réhabiliter un langage racialiste, dans un concours victimaire mortifère.

L’Europe est minée par le populisme qui a déjà gangréné l’Italie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, la Suède. Si nous n’y prenons pas garde, l’Europe risque d’être terrassée par une vague populiste qui emportera dans l’abime tout l’édifice qui nous avait permis d’en sortir, en 1945, après la Seconde guerre mondiale et la Shoah. La France est à la merci de cette déferlante et certains slogans xénophobes, racistes, antisémites et complotistes, qui ont affleuré sur nos ronds-points ou sur nos autoroutes à la faveur du mouvement des gilets jaunes, et qui montrent combien les « passions tristes » du pays risquent de devenir, à l’avenir, des passions destructrices.

Voilà la situation que nous devons affronter. Telles sont les plaies qu’il nous faut soigner, les défis qu’il nous faut surmonter avec un engagement et une détermination sans failles. Tel est le combat qu’il nous faut livrer pour faire vivre la promesse universaliste de liberté, d’égalité, de fraternité. Ce combat nous impose des devoirs.

Notre premier devoir est de nommer les choses et décrire les réalités, sans lâcheté ni compromission, avec clairvoyance et raison.

Les revendications communautaristes et identitaires, d’où qu’elles viennent, ne sont pas celles qui doivent faire battre le cœur de notre République. Il nous faut les démasquer et expliquer à nos compatriotes le danger qu’elles représentent.

Nous ne pouvons pas admettre les atteintes à la laïcité qui, au prétexte d’une révision de la loi de 1905 destinée à faire en sorte que l’Islam en France puisse chasser de son sein ses démons – parfois terroristes – risquent d’emporter cet acquis considérable. On ne règlera pas le problème de l’islam politique en transformant cette loi d’émancipation, d’affirmation de notre commun, en une loi d’organisation des cultes dont l’Etat n’a pas à connaître, en bien comme en mal.

Nous second devoir est d’agir, d’incarner dans le réel nos principes qui, à force de les proclamer sans les rendre tangibles, risquent d’être la manifestation criante de notre impuissance.

Eduquer, former, accompagner

Le combat que nous menons, à la LICRA, est avant tout un travail au long cours. Notre rôle est d’éveiller les consciences, de faire émerger parmi la jeunesse le sentiment d’adhésion à la République, de construire un espace commun de fraternité où chacun s’émancipe et se donne les moyens de dépasser les préjugés et les appartenances.

C’est par l’éducation et la formation que nous obtiendrons des résultats. C’est ma conviction profonde qui porte mon projet pour la LICRA.

Ce travail ne se décrète pas et ne se règle pas avec des communiqués de presse et des manifestations. C’est un travail de conviction. Il se construit, chaque jour, auprès de la jeunesse, dans les écoles , sur les terrains de sport, dans les entreprises, dans les universités et auprès des élus. C’est un travail ingrat dont les fruits mettent du temps à produire leurs effets.

D’ici trois ans, je souhaite que nous exercions cette mission pleinement et que nous puissions revendiquer auprès de nos compatriotes le statut de réserve citoyenne, mobilisable en tant que de besoin sur tous les territoires de la République.

Mon projet est d’amplifier nos interventions auprès des jeunes, de la maternelle à l’université. Mon devoir, en tant que Président de la LICRA, est de donner les outils et les moyens aux militants de la LICRA d’assumer pleinement notre projet éducatif, notamment en matière de transmission de la mémoire, et particulièrement de mémoire des génocides et singulièrement de la Shoah, mais aussi en matière de promotion de la laïcité ou encore de lutte contre les discours de haine en ligne marqués par la racisme, l’antisémitisme, le négationnisme, l’homophobie et le poison  véhiculé par les théories du complot.

Mon projet est aussi de favoriser l’innovation dans notre manière d’intervenir auprès de la jeunesse, de trouver les voies et les moyens, notamment par la généralisation d’outils numériques, de faire passer nos messages, nos valeurs, nos combats. C’est le sens du projet de Campus Numérique qui sera mis en oeuvre dès cette année et qui doit être le lieu ressource de référence du combat antiraciste en matière d’éducation.

Responsabiliser

La LICRA a une parole qui compte. Depuis un an,  je mesure chaque jour le crédit donné à la LICRA. A chaque déplacement dans les sections, je m’adresse à tous les responsables politiques afin de les convaincre qu’ils doivent se servir de notre expertise et, avec nous,  responsabiliser nos compatriotes sur les risques que font peser le repli identitaire, le communautarisme et le populisme sur la cohésion du pays.

Je veux faire de cette volonté de responsabilisation la méthode qui guidera l’action de la LICRA dans les années qui viennent. Auprès des élus, des entreprises, des partenaires associatifs, des acteurs éducatifs, culturels et sportifs, auprès des hébergeurs de contenus numériques, il importe de tenir un discours lucide et raisonné sur la responsabilité, sur l’éthique et la nécessité que chacun, là où il se trouve, possède une part de la solution pour faire reculer la haine de l’autre, les discriminations et les préjugés.

La responsabilité des élus est d’incarner dans les faits la volonté politique. La LICRA, dans les trois ans qui viennent, s’engagera, notamment grâce à l’intergroupe parlementaire Jean Pierre-Bloch, à mener plusieurs batailles, notamment celle consistant à inscrire les délits racistes et antisémites dans le code pénal et à obtenir des sanctions judiciaires rapides et dissuasives.

La responsabilité des acteurs éducatifs et culturels est de prendre conscience que l’universalisme est notre bien le plus précieux et qu’ils en sont les ambassadeurs, les hussards dont notre République a besoin. D’ici trois ans, la LICRA doit pouvoir multiplier dans tous le pays les rencontres, les débats, les créations, les échanges pour que nous redonnions à nos compatriotes le goût des Lumières, le goût de l’esprit critique, le goût du débat, le goût de la République.

La responsabilité des entreprises est de comprendre ou d’accepter que  la place qu’elles peuvent jouer dans la lutte contre les discriminations, dans la compréhension de la diversité, dans la promotion de la laïcité.

La responsabilité des hébergeurs du numérique est de comprendre qu’Internet n’est pas un « Far West » où toutes les ignominies seraient autorisées en l’absence de toute forme de morale autre que celle des anonymes qui hurlent leur haine le plus fort. La LICRA s’engagera dans l’avènement d’une loi qui régule les contenus haineux sur Internet et qui place nos lois, et au premier rang nos lois antiracistes, au-dessus de tout autre considération économique ou commerciale.  Il faut mettre fin à la barbarie numérique.

Consolider notre indépendance

Les moyens de la LICRA dépendent pour l’essentiel de financements publics et de la confiance placée par les pouvoirs publics dans nos actions. Dans les trois ans qui viennent, je souhaite faire évoluer notre modèle économique en diversifiant nos sources de financement afin de garantir notre indépendance. L’année 2017 a montré que lorsqu’un partenaire public fait défaut, en l’occurrence principalement le Ministère de l’Intérieur, c’est l’ensemble de la LICRA qui est fragilisée.

Je ne souhaite pas que nous revivions une telle épreuve. Nous avons engagé ce travail, en multipliant les partenariats publics et privés, avec le Ministère de l’Enseignement supérieur, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, l’Union Européenne, les collectivités locales, des entreprises, des mécènes. Nos finances ont aujourd’hui retrouvé l’équilibre mais il nous faudra aller plus loin encore dans les trois ans qui viennent. Nous allons créer un nouvel outil de financement, un club des partenaires, destiné à rassembler nos soutiens autour de notre projet et à multiplier les initiatives et les projets qui nous permettront d’accroitre notre capacité financière d’actions et d’être toujours plus indépendant de la puissance publique.

Une LICRA de combat, forte et renouvelée

Nous devons préparer l’avenir de la LICRA avec énergie et détermination. Nous n’échappons pas à l’érosion de l’engagement associatif, à la perte du sens collectif, à la défiance de nos concitoyens à l’égard des associations anciennes et à la difficulté de faire venir, parmi nous, de nouveaux talents.

Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres de la LICRA, de ne pas craindre d’innover pour assurer à nos combats qu’ils auront dans 10 ans, dans 20 ans, des militants pour les incarner.

Nous ne pourrons innover en nous contentant de rester dans le cadre existant, nous devrons avoir l’audace d’en sortir pour élargir le champs de nos moyens et de nous actions.

Dès l’année 2019, j’engagerai une grande réflexion interne sur les nouvelles modalités d’adhésion, plus souples,  plus en phase avec l’époque, pour que des jeunes, mais aussi ceux qui ont du temps libre – les retraités par exemple – aient davantage envie de nous rejoindre. Je m’engage aussi à ce que chaque personne qui adhère à la LICRA dispose des outils lui permettant de savoir où elle s’engage, de connaitre notre histoire, de mesurer notre engagement universaliste, de s’intégrer pleinement à la vie de notre association.

Dès l’année 2019, j’engagerai un débat sur l’organisation de la LICRA, sur nos implantations territoriales, sur notre capacité à exiger partout et en tous lieux sous des formes plus adaptées aux nouvelles formes d’engagement.

Dès l’année 2019, je souhaite libérer au sein de la LICRA l’esprit d’initiative et faire en sorte qu’à l’issue de mon mandat, chaque militant de la LICRA ait pu s’épanouir et développer ses projets sans entraves autres celles imposées par notre objet, par nos objectifs, par nos valeurs.

Dès l’année 2019, et dès le Congrès, je souhaite continuer et approfondir ce travail de rénovation de notre fonctionnement interne, de notre communication afin que les commissions, le conseil fédéral, les sections, les présidents de sections puissent participer activement au rayonnement de la LICRA.

Dès l’année 2019, j’engagerai la LICRA vers une réflexion sur notre rayonnement à l’étranger , afin de retrouver dans ce domaine une force de frappe et des implantations pertinentes au regard des pays dans lesquels nous avons des combats à mener.

Dès à présent, je souhaite poursuivre mon action dans un esprit de proximité et je veillerai à ce que l’équipe de notre siège vienne davantage à votre rencontre, à votre écoute afin que vos projets puissent voir le jour dans les meilleures conditions possibles.

Le mandat que je brigue auprès de vous est d’importance. Le fait que je sois le seul candidat à la présidence de l’association est un signe de la confiance que vous me portez et je veux l’honorer. Venez nombreux au Congrès pour participer à nos échéances démocratiques avec enthousiasme. Au dehors, le message que nous allons envoyer compte et nous serons observés sur notre capacité de mobilisation.

Ce 49e Congrès sera placé sous le thème de l’Europe. J’ai souhaité que le premier jour de ce nouveau mandat pour la LICRA soit européen.

L’Europe est née du désastre et de la nécessité de former une communauté d’hommes et de femmes ayant en partage des valeurs et des principes universalistes. L’Europe, c’est un socle commun, des siècles de construction d’une culture commune sans exclusive arrimée tout à la fois à la Grèce et à Rome, aux civilisations portées par la foi, à l’humanisme de la Renaissance, à la raison des Lumières, à l’émancipation des peuples, à l’éclosion des droits et des libertés. La démocratie, le pluralisme, la liberté d’opinion, la liberté de conscience sont le fruit de cet héritage européen.

Aujourd’hui, l’Europe est sous la menace historique et conjointe de tous les extrémismes politiques et religieux qui rêvent précisément de balayer cet héritage universaliste qui nous protège du chaos. Des dangers convergent dans la même direction : celle de l’affaiblissement de notre régime de libertés et la recherche de l’affrontement identitaire.

Dans quelques mois l’Europe va voter et élire son Parlement. Jamais une élection européenne n’aura sans doute été aussi déterminante pour son avenir, pour notre avenir.

Notre devoir, à nous, universalistes, attachés à la promesse européenne de paix et de fraternité, et particulièrement à la Convention européenne des Droits de l’Homme, est de consacrer toute notre énergie pour démanteler le cartel populiste extrémiste en train de se former.

A la LICRA, nous allons prendre notre part dans cette bataille intellectuelle et morale pour faire valoir une Europe fidèle à nos idéaux antiracistes. Comme nous l’avions fait pour les élections nationales de mai 2017, nous soumettrons une charte, dans tous les pays, aux candidats afin qu’ils s’engagent contre le racisme, contre la xénophobie, contre l’antisémitisme et toutes les formes de haine qui ne manqueront pas d’émerger à la faveur de la campagne électorale.

Nous organiserons des réunions publiques, en France et à l’étranger, pour réveiller l’opinion, dans les universités, dans les écoles, sur les terrains de sport. Nul ne devra ignorer ce que le mot « Europe » veut dire avant d’aller voter. Nous ferons campagne sur les réseaux sociaux pour défendre l’universalité des droits humains, pour ne pas voir disparaître, une fois encore, ce que Romain Gary appelait dans Education européenne « le pouls de la liberté, ce battement souterrain et secret qui montait, de plus en plus fort, de tous les coins de l’Europe ».

Vous le voyez, je souhaite engager la LICRA, sur la longue durée, dans l’affirmation résolue de l’universalisme et l’exigence, l’obsession même, d’efficacité de nos actions concrètes sur le terrain. Nous ne réussirons pas si nous ne marchons pas sur nos deux jambes : la vigilance, parfois la dénonciation, et toujours la parole universaliste, le fait de mettre les mots sur nos principes d’un côté. De l’autre, l’action sur le terrain, l’action concrète, les yeux dans les yeux, avec les jeunes, dans les classes, spectateurs et acteurs de l’écosystème des réseaux sociaux, avec les victimes de racisme et d’antisémitisme, avec les jeunes de la protection judiciaire de la jeunesse qu’il faudra convaincre encore et encore et que nous devrons former plus nombreux, avec les policiers et les gendarmes que nous formons chaque année, avec les DRH des entreprises que nous accompagnons pour qu’ils sachent appréhender l’émergence des faits religieux quels qu’ils soient, avec les enseignants qui font appel à notre expertise, avec les cadres des clubs sportifs et de l’éducation populaire dont nous espérons tant.

Avec beaucoup de détermination et d’enthousiasme, avec une grande lucidité, avec beaucoup d’espoir pour les années qui viennent, restons fidèles à notre source. Celle de Bernard Lecache, celle de Jean Pierre-Bloch, celle de Lazare Rachline, celle qui a eu la dignité de former, il y a plus de 90 ans maintenant, cette véritable armée citoyenne que nous formons aujourd’hui, vous et moi, ensemble et unis. 

Mario Stasi

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