Sarcelles, l’agression de trop

À Sarcelles, un enfant de huit ans, portant une kippa, a été violemment agressé en pleine rue. Les auteurs n’ont rien dérobé et n’ont proféré aucune parole. Le parquet a logiquement et immédiatement retenu le caractère antisémite de ces violences. Cette agression, c’est celle de trop. Elle doit marquer, dans les esprits, une prise de conscience de ce qui est à l’oeuvre dans le pays et dans certains quartiers qui semblent d’être affranchis de la République.

Elle s’inscrit dans une escalade, une libération et une banalisation de la violence à l’égard des Juifs. Une escalade car aujourd’hui, elle frappe un enfant qui se rendait à un cours de soutien scolaire. Roué de coups par des jeunes d’une quinzaine d’années. Une libération de la violence car elle s’exprime désormais à la vue de tous, en pleine rue et en pleine journée, comme si les antisémites pouvaient agir en toute impunité, sans crainte d’être identifiés. Banalisation car ces événements s’ajoutent à la longue liste des actes commis conte les Juifs ces dernières semaines en région parisienne. Les actions violentes antisémites ont progressé fortement, passant de 77 faits à 97 en 2017. Une augmentation qualifiée de « préoccupante » par le ministère de l’intérieur.

Face à cela, que pouvons-nous faire ?

En premier lieu, défendre l’unité de la République. Avec consternation, on peut lire ces derniers jours des articles titrant que « la communauté juive est en émoi ». Cette formulation en dit long sur la distance inconsciente qui s’est installée dans le pays entre ceux qui le composent. L’émoi devrait être celui de la communauté nationale toute entière et pas simplement des Juifs de France. Le fait de vouer rouer de coups au vu et au su de tout le monde un gamin parce qu’il est juif devrait susciter une indignation générale qui, malheureusement, n’a pas lieu.

En second lieu, déraciner l’antisémitisme qui prospère dans certains quartiers, l’exécration des juifs ayant pris, comme le rappelait le rabbin Michel Serfaty dans La Croix, les formes les plus grossières et ce dès le plus jeune âge. Le développement de l’islamisme est, il faut le dire, le catalyseur puissant de la haine envers la communauté juive, le tout étant amplifié par des réseaux sociaux devenus incontrôlables. Chacun entend les déclarations des gouvernements qui se succèdent au chevet des juifs de France après chaque agression. Le moment est venu de passer à l’action et de faire revenir la République là où elle s’est retirée depuis bien trop longtemps. Le premier instrument de cette politique devra être l’école, dans toute sa plénitude. Une école qui doit émanciper les générations qui viennent des prisons idéologiques dans lesquelles d’aucuns voudraient les enfermer. Une école qui éduque aux règles de vie commune, qui déconstruit les préjugés et la haine, qui combat les fondamentalismes religieux et défend la laïcité.

En troisième lieu, notre pays doit se doter d’une législation à la hauteur des enjeux qu’il doit aujourd’hui affronter. C’est la tolérance zéro à l’égard des discours de haine, raciste et antisémite, qui doit être appliquée sans trembler, sur les réseaux sociaux comme dans les cours d’école, dans la rue comme au travail, dans les transports en commun comme au stade. Partout, chaque citoyen français doit savoir à quoi les règles de la République engagent. Chacun doit savoir à quoi il s’expose s’il profère des propos de haine envers autrui. Chacun doit savoir que le racisme et l’antisémitisme sont des délits comme les autres.  C’est la raison pour laquelle la LICRA soutient la sortie de ces types de délits de la loi sur la presse afin qu’ils soient considérés, et sanctionnés, non pas comme des « délits d’opinion » à l’égard desquels la société exprime toujours une forme de mansuétude, mais des délits de droit commun, inscrits dans le code pénal avec des peines conséquentes.

On ne luttera pas contre l’antisémitisme avec des déclarations homéopathiques, des slogans confortables, des réponses de circonstance et des postures médiatiques. C’est un travail au long cours qui doit être entrepris par toutes les forces vives de la République. A l’école, sur les réseaux sociaux, au travail, au stade, chacun doit se sentir suffisamment partie prenante de la communauté nationale pour ne pas vouloir frapper son voisin parce qu’il n’appartiendrait pas à la bonne religion ou parce qu’il n’aurait pas la « bonne couleur de peau ». Les slogans antiracistes passent mais seules les réponses concrètes permettront aux enfants juifs de marcher en toute tranquillité dans les rues de Sarcelles.

7 réponses sur “Sarcelles, l’agression de trop”

  1. Répugnances revulsantes…
    Je réalise des œuvres artistiques et serais ravi d’en réaliser une pour ce jeune homme et sa famille.

    Je vous prie de bien vouloir m’indiquer dans quelle mesure cela est possible par votre intermédiaire

    Dans l’attente la plus impatiente

    Bonne convalescence au petit

  2. La violence est inacceptable intolérable envers qui que ce soit et quelque soit le motif.
    Nous devons tous réagir contre chacun de ces actes gratuits et barbares. Nous devons tous réagir et encore plus quand cette violence s’exerce envers des enfants et toute personne en situation de vulnérabilité.

  3. Oui Complètement d accord …mais ce n est pas le cas mon fils de 15 ans ne met pas sa kippa à l extérieur De peur d être identifiable et agressé ….voilà ou nous en sommes ,les autres personnes peuvent afficher leur religion sans soucis mais Pas nos maris et nos enfants ….nous en sommes là

  4. Cette attaque sur un enfant de 8 ans en pleine rue, c’était justement un sujet préoccupant que j’avais
    abordé avec notre ex. Président A.J. lors des Universités d’Automne au Havre….il m’a été répondu que
    que c’était assez rare….j’avais évoqué la difficulté pour les enfants à porter la Kippa !!!!
    Je reconnais que cela était difficile d’en parler à ce moment là, ces 3 jours étaient apaisants…pour tous.
    Bien amicalement
    Mauricette

  5. Ce n’est pas l’agression antisémite de trop, c’en est une de plus. Il va falloir enfin prendre d’autres mesures plus radicales. Et il n’y a pas que cela, comme hier à Calais bagarres entre migrants ou ces jeunes qui perturbent un lycée. Notre démocratie aujourd’hui, c’est l’impuissance généralisée. Alors réagissons. Enfin

  6. NON, ce n’est pas une agression de trop mais un titre de trop. Depuis l’assassinat barbare d’Ilan Halimi, QUATORZE JUIFS ont été assassines avec autant de barbarie, TOUS parce qu’ils étaient Juifs. Et des centaines d’agressions lâches et haineuses sur des Juifs uniquement parce qu’ils son Juifs. Chacun de ses actes ignobles est un de trop.
    La réponse est- elle à la hauteur du péril ?

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